Solidarité avec le réalisateur Mohammed Bakri

La justice israélienne interdit la diffusion de Jenin, Jenin et saisit les copies du documentaire réalisé en 2002 par le cinéaste et acteur palestinien Mohammed Bakri. (Palestinien de 48 , citoyen israélien)

PFC’E diffuse Jenin, Jenin jusqu’au 7 février 2021 et exprime sa pleine solidarité avec Mohammed Bakri face à la censure et condamnation honteuse qu’un tribunal de l’État d’apartheid d’Israël a prononcée contre lui, en tant que cinéaste, artiste et citoyen luttant pour la liberté et la justice.

Ce lundi 11 janvier 2021, nous avons appris que le tribunal israélien de Lod a interdit la diffusion en Israël du documentaire Jenin, Jenin, tourné en avril 2002 par le réalisateur palestinien Mohammed Bakri dans le camp de réfugiés de Jénine, bombardé et envahi par l’armée israélienne.

Une enquête de Human Rights Watch réalisée après cette opération pendant laquelle 52 Palestiniens et 23 soldats israéliens ont été tués et le camp de réfugiés de Jénine dévasté (300 maisons détruites), a accusé Israël de graves violations du droit humanitaire international, y compris des exécutions illégales, un recours disproportionné à la force, des arrestations arbitraires et le refus d’accès à des traitements médicaux.

Le film avait été interdit de diffusion en Israël par un tribunal en décembre 2002 après quelques projections, en raison d’une vision jugée “biaisée” des événements, mais la Cour suprême israélienne avait jugé cette interdiction illégale en 2003.

Après le dépôt d’une nouvelle plainte pour diffamation par un colonel de réserve de l’armée israélienne ayant participé à l’opération, le tribunal de Lod a décidé ce lundi 11 janvier 2021 d’interdire “la diffusion et la projection du film en Israël” et exigé la confiscation des 24 copies. “Ce film, qui se veut être un documentaire, a dénoncé des actions qui ne se sont pas déroulées dans la réalité”, a estimé le tribunal. “Un homme envoyé pour défendre son pays se retrouve accusé d’un crime qu’il n’a pas commis”, relève le jugement. (copie disponible pour les media)

Mohammed Bakri a aussi été condamné à verser 175.000 shekels (environ 43.000 euros) au plaignant à titre de compensation, plus les frais de justice estimés à environ 12’000 euros.

“Dans mon film, j’ai essayé de donner une tribune aux habitants du camp de Jénine, qui n’avaient pas de voix. Je n’ai pas imaginé que je passerais les 14 années suivantes (19 en fait jusqu’à aujourd’hui) à me défendre devant les tribunaux, ma famille contre les menaces de mort et ma réputation face à un lynchage médiatique et politique en cours”. (Haaretz – 2016)

Depuis 2002, Mohammed Bakri ne reçoit plus aucune proposition de travail pour le cinéma ou le théâtre en Israël. “Si un Arabe ose raconter l’histoire de son peuple, il est un traitre et un ennemi d’Israël
(Haaretz – 07.10.2020)

Pour Hussein Abou Hussein, son avocat, “il s’agit d’une décision politique” ayant pour intention de “faire taire toute voix qui diffère du narratif israélien“.

En revanche, le chef d’état-major de l’armée israélienne a salué une décision de justice qui est “un message clair et net de soutien aux combattants de l’armée“.

Mohammed Bakri a dit qu’il ferait appel de la décision de la cour.

Depuis 2012, PFC’E a projeté de nombreux films dans lesquels joue Mohammed Bakri.
En 2016, nous l’avons invité pour présenter trois films qu’il a réalisés, parmi lesquels Jenin, Jenin.

En solidarité avec Mohammed Bakri, pour participer aux frais de sa défense, aux frais de justice et à la compensation à laquelle il a été condamné, vous pouvez verser votre soutien sur le compte CCP de PFC’E, mention « solidarité avec Mohammed Bakri » :

Nom du titulaire de compte : Palestine filmer c’est exister
Compte postal en francs suisses : 14-952137-8
IBAN : CH97 0900 0000 1495 2137 8
Banque : Postfinance
BIC : POFICHBEXXX

Lire l’article de Gideon Levy “Jénine, Jénine, la vértié rien que la vérité” Haaretz, 14.01.2021, traduit par Chronique de Palestine


Jenin, Jenin

de Mohammed Bakri – 2003 – documentaire – 54 min – sous-titré français
En avril 2002, l’armée israélienne lance l’opération Remparts et réoccupe toute la Cisjordanie. Le camp de réfugiés de Jénine est envahi et son accès totalement interdit aux journalistes et aux organisations humanitaires pendant plusieurs jours. Les Palestiniens et plusieurs ONG accusent Israël de crimes de guerre. Israël refuse l’accès à la mission d’enquête de l’ONU… Mohammed Bakri décide d’entrer malgré tout dans le camp, il veut donner une voix à ceux qui ne peuvent pas parler aux medias.

“Ce n’est pas un film sur l’opération militaire. C’est un film sur des gens qui vivent dans un camp de réfugiés, qui ont traversé l’enfer, et qui en 5 min. ont perdu tout ce qu’ils avaient reconstruit en 45 ans. Je n’ai pas eu l’intention de faire un film objectif. S’il parle pour un côté, c’est pour de bonnes raisons “.
En savoir plus sur Mohammed Bakri…


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