PFC’E et le Spoutnik rendent hommage à Mohammed Bakri
Le 25 décembre 2025, l’acteur et réalisateur palestinien Mohammed Bakri est décédé. Il nous a semblé essentiel de lui rendre hommage.
Pendant plus de 40 ans, Mohammed Bakri a incarné la Palestine au théâtre et au cinéma.
Il est l’un des rares artistes palestiniens de 48 reconnu en Israël. Il est le premier Palestinien à étudier le théâtre dans une université israélienne (Tel-Aviv).
Il a tourné avec des cinéastes européens comme Costa-Gravas (Hanna K. 1983) et Saverio Costanzo (Private, 2004), avec des réalisateurs israéliens, dont Uri Barbash et Amos Gitaï. Et bien sûr avec des réalisateurs et réalisatrices palestinien.ne.s, comme Michel Khleifi avec qui il a tourné Le conte des trois diamants (1996) et Zindeeq (2009), Rashid Masharawi, dans Haïfa (1996) et L’anniversaire de Leila (2009), Annemarie Jacir dans Wajib (2017) et tout récemment avec Maha Haj dans Upshot (2024) et Cherien Dabis dans Ce qu’il reste de nous (2025).
Il s’est aussi lancé dans l’aventure de jeunes ou nouveaux cinéastes palestinine.ne.s, en jouant dans leurs premiers courts-métrages.
En 1998, M. Bakri a réalisé son premier film, 1948, un documentaire sur la Nakba. C’est aussi en documentariste qu’il entre dans le camp de Jénine en avril 2002 lors de l’incursion israélienne la plus meurtrière de la seconde Intifada. Son film Jenin, Jenin porte la parole brute des habitant.e.s du camp. « C’était mon choix ». En Israël, cela lui vaudra la censure de son film, la saisie des copies, des procès, et des insultes jusqu’en 2022, ainsi que des frais de justices très lourds.
Pourtant Jenin, Jenin continue d’être vu dans le monde entier.
Il a réalisé ensuite Depuis que tu n’es plus là (2005) et Zahra (2009). Et a continué de se produire dans des théâtres palestiniens en Israël avec Al Moutashael, un seul-en-scène qu’il a créé en 1986 en arabe et en hébreu d’après le livre de son ami Emile Habibi « Les aventures extraordinaires de Saïd le peptimiste ».
En 2010, la Berlinale honore Mohammed Bakri en lui décernant le prix de la Libre Parole.
En 2023, Israël s’acharne à nouveau contre Jénine. Bakri revient avec sa caméra et retrouve des témoins de 2002 : « qu’est ce qui a changé pour toi ? » C’est Janin, Jenin.
« La situation, ici, m’a malheureusement condamné à l’engagement politique dans mes choix professionnels ». M. Bakri
Cet hommage est aussi pour nous la chance de (re)découvrir ses films sur grand écran et de mesurer la force, la justesse et l’actualité de son regard.
Nous vous proposons la projection de Haïfa, Private, Wajib et Jenin, Jenin oeuvres qui témoignent de la richesse et de la cohérence de son parcours, devant et derrière la caméra.