édito

Palestine : confinement depuis 72 ans

Les mesures sanitaires temporaires prises en Suisse – telles que limitation des réunions privées, fermetures des lieux culturels, fermeture des écoles, l’impossibilité de dire au revoir aux êtres chers, … – ont affecté chacun.e de nous. Ces privations nous permettent-elles de prendre conscience de celles subies par la population palestinienne depuis 1948, dont presque plus personne ne parle?

Depuis 4 générations, les Palestinien.ne.s vivent l’expulsion de leur terre, de leurs villages, la destruction de leurs maisons, les incursions militaires et les arrestations brutales, l’effacement de leur Histoire, enfermé.e.s dans des camps de réfugiés, en exil, derrière le Mur, jeté.e.s sans jugement dans les prisons, parqué.e.s dans les files d’embauche, subissant la violence de l’occupant.

Un confinement ?
Plutôt la disparition programmée de ce peuple.

Alors, comment tenir le coup ? … cette attitude que les Palestiniens appellent Sumud, pour exister encore et toujours, et qui fait dire à un jeune Berlinois, après 3 générations d’exil: «Je suis palestinien».

En 2015, sous le thème «Briser l’enfermement», les films projetés avaient permis de découvrir comment les cinéastes palestinien.ne.s mettent cette résistance à l’enfermement au cœur de leur travail cinématographique. L’édition 2020 poursuit ce thème avec neuf cinéastes palestinien.ne.s et trois « regards d’ailleurs ». Ils.elles nous emmènent à Hébron, à Jénin, en passant par Bethléhem et le camp de réfugiés de Dheisheh, dans le village de Arrabeh, à Jaffa et Ramle, israéliens depuis 1948, au Liban dans les camps de réfugiés de Chatila et Ain el-Helweh, mais aussi en Grèce, à Cuba et au Danemark… tous ces lieux où des Palestinien. ne.s résistent.

Mahdi Fleifel accroche sa caméra au regard de son ami d’enfance du camp de réfugiés d’Ain el-Helweh et le retrouve dans chacune de ses tentatives de se fabriquer une vie meilleure. Kamal Aljafari, lui, pense ses films comme « des actes de justice cinématographique contre l’occupation cinématographique israélienne» qui détruit, efface la Palestine et les Palestinien.ne.s, oeuvres expérimentales pour reconstruire leur mémoire. Trois jeunes cinéastes, dont Tamara Abu Laban, touchent aussi à la mémoire, recherche presque obsessionnelle quand l’identité est menacée de disparition. Les acteurs.trices du Freedom Theatre à Jénin expliquent au cinéaste chilien qui les suit jusqu’à New-York: «Nous parlons d’une culture de résistance». De l’autre côté du Mur, les jeunes comédien.ne.s filmé.e.s par Nidal Badarny montent sur scène pour les mêmes raisons.

Dans de nombreux films, la caméra capte l’humour, l’ironie et l’autodérision, comme autant de renforts de l’expression de la résistance.

II est peut-être des films qui ne peuvent être réalisés que par un.e cinéaste d’ailleurs. Par exemple, à Hébron, quand deux cinéastes d’Italie se mêlent aux colons israéliens pour dévoiler ce que subissent les Palestinien.ne.s de cette ville.

Cette année, PFC’E rend hommage à Francis Reusser, cinéaste suisse qui nous a quittés en avril dernier, avec la projection de 2 de ses films, tournés en Palestine. Biladi, une révolution, est un document exceptionnel pour la mémoire de la résistance palestinienne, un des premiers films tourné dans les camps palestiniens.

PFC’E remercie les Cinémas du Grütli et le Spoutnik d’accueillir les Rencontres et nous espérons que cette 9ème édition attirera un public avide d’émotions partagées et d’échanges avec nos invité.e.s palestinien.ne.s ! Nous sommes très heureux d’accueillir Mahdi Fleifel, Kamal Aljafari, Tamara Abu Laban et Nidal Badarny.

Le Comité
Octobre 2020